Cette série en cinq volets se décline chronologiquement. Éric Anceau, auteur notamment d’une Histoire de la nation française, publiée chez Tallandier début 2025, se penche avec Jean Leymarie sur les deux premières Républiques. La Première d’abord, de 1792 à 1804. Courte et tumultueuse, elle restera selon ce professeur à l’université de Lorraine, “ce moment où va naître la souveraineté nationale”, encore aujourd’hui le premier des grands principes de la Ve République.
De la IIe République, encore plus brève que la Première (de 1848 au coup d’État de décembre 1851) et “sans doute la plus méconnue”, l’historien retient un legs principal : la devise de notre actuelle République, “liberté, égalité, fraternité”. “Les révolutionnaires en font la devise officielle du régime et on la retrouve dans la Constitution de 1848”, souligne-t-il. Éric Anceau note également que c’est au cours de cette IIe République, qu’on trouve “la première occurrence de la laïcité”, ce qui en fait une République “fondamentale”.
La IIIe République, de 1870 à 1940, sera elle une République “de combat” selon l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon, spécialiste notamment de Pétain, dont elle a signé une biographie remarquée chez Perrin. Marquée par une succession de crises et une forte instabilité, elle voit naître malgré tout nombre d’éléments qui marquent encore notre quotidien (la séparation de l’Église et de l’État, l’école gratuite et obligatoire, le droit syndical…) et reste celle qui aura installé le régime républicain comme “le plus évident, le plus naturel”, selon Bénédicte Vergez-Chaignon.
Des douze ans de la IVe République (1946 à 1958), l’historien Gilles Richard, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Rennes 2, retient un “grand progrès démocratique” à travers, notamment, le droit de vote accordé aux femmes. Il rappelle aussi le premier projet constitutionnel, rejeté en 1946 – “qui imaginait des relations nouvelles entre la France et ses colonies” – et dont les gouvernants actuels pourraient, selon lui, “s’inspirer dans leurs négociations avec la France d’Outre-mer”.
Quant à la Ve République, l’actuelle, Gilles Richard note qu’elle a déjà beaucoup évolué depuis 1958, qu’elle fait l’objet d’un “bricolage institutionnel modifié en permanence”, et que la déstabilisation qu’elle connaît aujourd’hui est “l’aboutissement d’une crise politique larvée depuis longtemps”. Cela peut-il encore tenir ainsi et si oui, pour combien de temps ? Gilles Richard en est convaincu, “il faut probablement tout reprendre” !


