deux entreprises corses récompensées à l’Élysée

La fierté se fait ressentir dans les yeux de Sébastien Gilabert, installé dans l’habituelle salle de réunion des ministres à l’Élysée. Missia, son entreprise spécialisée en intelligence artificielle pour les personnes âgées, a été sélectionnée par le jury de la grande exposition du Fabriqué en France pour représenter la Corse-du-Sud. Initié par le président de la République en janvier 2020, ce rendez-vous annuel met à l’honneur les entreprises, artisans, producteurs et industriels qui s’engagent pleinement dans la fabrication française.

Sébastien Gilabert a pu présenter son système préventif Missia à la Grande Exposition du Fabriqué en France.Sébastien Gilabert a pu présenter son système préventif Missia à la Grande Exposition du Fabriqué en France. CLP

Un peu plus loin, dans la grande salle dorée, Émilie Borel-Berta, est tout aussi fière d’Émilie, son huile d’olive vierge extra, issue de son exploitation, le Moulin Oltremonti. Cette dernière est coutumière de la distinction, qu’elle avait déjà reçue lors de la première édition, pour représenter la Haute-Corse. “Pour la Corse, ils ont pris deux produits qui représentent très bien notre territoire : l’huile d’olive issue de notre agriculture, de notre terre, puis un produit innovant, qui fait écho à la naissance de l’incubateur Inizià et des volontés de financer l’innovation” résume Sébastien Gilabert. Le 15 et 16 novembre dernier, tous deux ont pu exposer aux yeux du monde leurs produits lauréats, sous le regard du président de la République et de ses ministres.

“Le président de la République a été agréablement surpris de trouver ce genre d’innovation en Corse”

“On ressent beaucoup de fierté, répond timidement Émilie Borel Berta. On est 365 jours sur 365 dans les champs… Monter dans une exposition au cœur de Paris, au palais de l’Élysée, c’est une jolie récompense.”

La veille de l’ouverture au grand public, Sébastien et Émilie ont pu échanger avec Emmanuel Macron et quelques ministres venus visiter chaque produit – 123 au total – et leurs créateurs.”On a pu exposer les difficultés qu’on peut avoir, mais aussi les forces de notre territoire… Qui certes, n’est pas très riche, qui manque parfois de compétences, mais avec une résilience énorme, analyse avec bienveillance Sébastien Gilabert, dont l’entreprise repose sur l’innovation. Le président de la République a apprécié et a été agréablement surpris de trouver ce genre d’innovation en Corse” remarque-t-il. “En tant qu’agriculteurs, on a toujours beaucoup de problématiques, admet Émilie à son tour. Le fait d’être lauréat nous offre un dialogue possible.” Le manque d’eau, qui entraîne une sécheresse des sols, l’oblige à adapter sa culture tous les ans. “Il y a huit ans, on récoltait au mois de novembre, aujourd’hui c’est fin septembre.”

“On se doit de toujours évoluer, c’est un effort constant”

“L’IA c’est un train qu’il ne faut pas rater, c’est ce qui va nous permettre de garder notre indépendance et notre souveraineté économique”, insiste Sébastien Gilabert qui, lui, s’en est largement emparé avec la création de Missia, un système prédictif, qui permet d’analyser jusqu’à 146 gestes du quotidien chez une personne âgée pour qu’elle reste seule chez elle. Ce boîtier, entre 60 et 90 euros par mois selon l’abonnement, sera installé chez la personne concernée et pourrait, par exemple, détecter un changement de comportement, et donc prévenir,via une application, d’une éventuelle chute ou d’un autre problème de santé à venir. “Je suis content, parce que des professionnels santé ont remarqué le produit.”

“Pour cette édition-ci, on a remarqué que l’accent était sur l’écotourisme, l’écologie, la biodiversité. C’est dans cette direction-là que notre agriculture se pose aussi, analyse Émilie Borel Berta. Aujourd’hui, tout va vite dans le monde… On se doit de toujours évoluer, rien n’est figé, c’est un effort constant.” Avec Moulin Oltremonti, cette dernière est spécialisée dans la production d’huile d’olive vierge extra. Elle cultive ainsi, sur 35 hectares, une quinzaine de variétés, dont Émilie, présentée pour l’occasion, est uniquement issue d’un verger mono-varietal, de la Ghjermana. Vendue en moyenne 35 euros le litre, cette huile d’exception provient de la Haute-Corse, de la région de Casinca. “Elle va avoir des notes très fraîches, d’herbes coupées, elle va sentir le printemps, avec quelques notes de pomme verte, légèrement amère et piquante, répond-elle Claudine, une passante qui s’y intéresse, juste après être passée au stand présentant une tomme de Savoie. C’est merveilleux de croiser la route de produits dont on est sûre de la provenance, et de qualité !”

“Et puis il y a : faire sa place dans le monde”

Émilie et Sébastien, dont les sociétés sont loin d’avoir été créées en même temps, sont toutes deux challengées par l’insularité. “On est un territoire assez pauvre économiquement, pose Sébastien Gilabert. Bien qu’on ait un fonds d’investissement qui nous a suivis, et qu’on est très soutenus par la région, il faut qu’on aille chercher des fonds parisiens, voire internationaux, avec lesquels discuter.”

C’est chose faite dans les salons de l’Élysée : “Des fonds d’investissement sont venus se présenter à nous en nous disant qu’ils avaient adoré notre technologie, et qu’ils voulaient qu’on entame les discussions.” Missia devrait être commercialisé à la fin du premier trimestre 2026.

Émilie Borel Berta travaille déjà à l’international, en vendant ses huiles sur le Continent, en restauration et en épicerie fine, puis en Europe du Nord essentiellement. “En tant qu’agriculteur, il y a beaucoup de compétitions internationales, précise-t-elle. L’oléiculture française et corse, c’est quelque chose qui a peu de poids, donc quand on a peu de poids, on est obligé de faire de la qualité pour se faire entendre et pour pouvoir continuer ce très beau métier.”

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