Le nombre de défaillances d’entreprises en France atteint un triste record au premier semestre 2026

Le nombre de défaillances d'entreprises en France atteint un triste record au premier semestre 2026

La dynamique de défaillances d’entreprises françaises s’accélère en 2026, touchant principalement les petites structures et certains secteurs, sur fond de chocs économiques répétés.

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Le premier semestre 2026 confirme la tendance inquiétante observée depuis l’an dernier : les défaillances d’entreprises en France poursuivent leur envolée. Selon les chiffres publiés jeudi 16 juillet par le cabinet Altares, “au premier semestre 2026, 37 700 entreprises ont demandé l’ouverture d’une procédure devant le tribunal de commerce, soit 1 500 de plus que sur la même période en 2025”. Ce chiffre s’inscrit dans la continuité d’une année 2025 déjà exceptionnelle, qui “s’était terminée sur un plus haut historique, à 69 957 défaillances, selon le recensement d’Altares”.

Des niveaux jamais atteints, même lors des précédentes crises

La Banque de France souligne que le niveau de défaillances enregistré en 2025 “n’avait été atteint ni lors de la crise financière de 2008, ni au moment de la crise des dettes souveraines (2010 à 2012)”. Cette situation inédite se prolonge en 2026, avec une accélération du phénomène : près de 17 486 établissements ont demandé l’ouverture d’une procédure collective devant le tribunal de commerce au deuxième trimestre 2026, en hausse de 5,4% sur un an.

Les procédures de liquidation judiciaire, qui entraînent l’arrêt immédiat de l’activité, restent largement majoritaires et concernent un peu plus des deux tiers des cas. Les redressements judiciaires représentent un peu moins d’un tiers des défaillances (31,7% au deuxième trimestre). Les procédures de sauvegarde demeurent marginales avec 349 cas, soit moins de 2% des jugements prononcés.

La vague de défaillances touche principalement les petites structures : les entreprises de moins de trois salariés concentrent trois quarts des défaillances. Les sociétés les plus jeunes sont également particulièrement exposées, la majorité des procédures concernant des entreprises âgées de 3 à 5 ans (4 913 au deuxième trimestre). Toutefois, la hausse n’épargne pas les sociétés plus anciennes : les défaillances progressent de 5,6% chez les entreprises de plus de 16 ans.

La construction reste le secteur le plus affecté, avec 4 186 sociétés concernées au deuxième trimestre, devant le commerce (3 466, en hausse de 1,9%). La situation se détériore nettement dans les services aux entreprises, qui enregistrent 2 562 défaillances, soit une progression de 13,9% en moyenne. Certaines activités sont particulièrement frappées : les sociétés de conseil en communication et en gestion voient les procédures bondir de près de 20%, celles de sécurité de 22%, et le secteur de la propreté de 16,8%. Le secteur agricole n’est pas épargné, avec 444 procédures recensées, en hausse de 21%.

Sur le plan géographique, l’Ile-de-France, qui concentre le plus grand nombre d’entreprises, enregistre 4 305 procédures (+4,8%). Mais c’est en Auvergne-Rhône-Alpes que la progression est la plus marquée, avec une hausse de 22,9% (2 418 procédures), notamment dans le Rhône et l’Isère.

Des causes structurelles au-delà du rattrapage post-pandémie

Si, dans un premier temps, la hausse des défaillances avait été attribuée au “rattrapage des défaillances évitées durant la pandémie”, ce facteur n’explique plus à lui seul la situation actuelle. “Le rattrapage des défaillances évitées durant la pandémie ne suffit plus à expliquer les niveaux atteints”, relève également la Banque de France. L’institution précise que ce rattrapage a été résorbé en totalité dès 2023 pour les établissements de taille intermédiaire, les grandes et les très petites entreprises, et en 2024 pour les PME.

La Banque de France estime désormais que les niveaux de défaillances actuels résultent bien davantage des “chocs successifs” encaissés par les entreprises depuis la crise sanitaire : guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, hausse des prix de l’énergie, des matières premières, des droits de douane… Les entreprises défaillantes en 2025 sont globalement “plus fragiles” que celles qui défaillaient en 2019 : hors impact des prêts garantis par l’Etat, leur taux d’endettement est bien plus élevé (31% contre 25%), et leur perte de chiffre d’affaires est plus forte.

Face à ces difficultés, les entreprises adoptent “des comportements plus prudents dans un contexte d’incertitudes économiques grandissantes” : leur niveau de trésorerie et leurs taux de marge sont plus élevés, ce qui suggère “qu’il faudrait aux entreprises plus de trésorerie et une rentabilité supérieure pour absorber les chocs économiques et assurer leur survie”.

L’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS) confirme que les entreprises françaises font face à “des difficultés durables”, ses indicateurs publiés le 6 juillet montrant “un nouveau changement d’échelle”. Au 30 juin 2026, l’AGS avait mobilisé 1,31 milliard d’euros pour garantir le paiement des salaires dans les entreprises en procédure collective, soit une hausse de 19,4% sur un an. Cela représente 157 983 salariés accompagnés par l’AGS depuis janvier, soit 12% de plus qu’un an plus tôt, avec des profils de plus en plus qualifiés.

Une dynamique qui interroge sur la résilience du tissu économique

La fragilité des entreprises n’est donc “plus à chercher dans les dispositifs hérités de la gestion de la crise sanitaire”. Le report de cotisations Urssaf ou les prêts garantis par l’Etat avaient maintenu artificiellement en vie des entreprises pendant les années 2020-2021, qui ont finalement fait défaut dans les années suivantes. Mais la succession de chocs économiques et la montée des incertitudes semblent désormais peser durablement sur la capacité de résistance du tissu entrepreneurial français.

Selon la Banque de France, le nombre de défaillances d’entreprises sur douze mois glissants a dépassé 71 000 début 2026. L’Insee recense 6 260 défaillances mensuelles en février 2026 et 5 939 en janvier 2026, confirmant la persistance d’un rythme élevé.

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