- Retrait de la liste des États soutenant le terrorisme
- Investissements dans la reconstruction de la Syrie
- Soutien de la France
- Le potentiel stratégique de la Syrie
- La question de l’Iran
La Syrie retrouve une place de premier plan au sein de la communauté internationale depuis quelques semaines, et ce pour des raisons bien différentes de celles liées à la guerre et au terrorisme.
Les rencontres entre le président syrien, Ahmed Al Sharaa, et le président français, Emmanuel Macron, lors de la visite de ce dernier à Damas, ainsi qu’avec le président américain Donald Trump, lors du sommet de l’OTAN qui s’est tenu ces derniers jours à Ankara (Turquie), se sont révélées très positives pour l’avenir du pays.
Retrait de la liste des États soutenant le terrorisme
Pour commencer par le plus récent, la rencontre qui s’est tenue mercredi dernier, le 8 juillet, à Ankara entre le président américain Donald Trump et son homologue syrien s’est soldée par des propos élogieux du dirigeant américain à l’égard du travail accompli par Al Sharaa à la tête de la Syrie, ainsi que par un engagement à lever les obstacles qui entravent la reconstruction du pays et la contribution à sa prospérité.
Trump a fait l’éloge d’Al Sharaa, qu’il a qualifié de dirigeant fort et respecté, en train de transformer un pays « qui était un véritable désastre ».
Dans un premier temps, ce même mercredi, le processus visant à retirer la Syrie de la liste noire des pays soutenant le terrorisme, soumis à des sanctions et à des restrictions en matière d’aide étrangère, a été lancé.
Selon un communiqué publié par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, Trump a informé le Congrès américain de « l’intention de son administration de révoquer la désignation de la Syrie en tant qu’État soutenant le terrorisme, après un délai de préavis de 45 jours ».
Le président syrien, Ahmed al-Sharaa, assiste à la cérémonie de signature d’un protocole d’accord sur l’investissement en Syrie, à Damas, en Syrie, le 6 août 2025 – REUTERS/ KHALIL ASHAWI
Investissements dans la reconstruction de la Syrie
Cette initiative s’ajoute à celle lancée en juin dernier, lorsque le président Trump a signé un décret mettant fin au programme de sanctions américaines contre la Syrie, ce qui a permis de lever l’isolement du pays vis-à-vis du système financier international.
Concrètement, cela se traduira par des investissements importants, s’élevant à plusieurs milliards de dollars, de la part de plusieurs pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, afin de soutenir la reconstruction de la Syrie.
Selon le communiqué de Marco Rubio, « la levée des sanctions contre la Syrie permettra de relancer le commerce et les investissements internationaux, donnera à la Syrie l’occasion de se reconstruire et ouvrira un nouveau chapitre pour le peuple syrien. Une Syrie stable, unifiée et en paix avec elle-même et avec ses voisins profite non seulement à la région, mais aussi au monde entier ».
Le communiqué du secrétaire d’État américain conclut en affirmant que « cette journée marque une étape importante dans la relation bilatérale renouvelée entre les États-Unis et la Syrie, ainsi que dans l’histoire de la Syrie en tant que nation. Nous félicitons le gouvernement syrien d’avoir tracé une nouvelle voie et nous espérons renforcer notre partenariat avec la Syrie et son peuple ».
Le président français, Emmanuel Macron, et le président syrien, Ahmed Al-Sharaa, lors de la visite du premier à Damas, en Syrie, le 7 juillet 2026 – REUTERS/ MAHMOUD HASSANO
Soutien de la France
Le soutien des États-Unis au gouvernement d’Al Sharaa s’ajoute à celui récemment apporté par le président français, Emmanuel Macron, lors de sa visite à Damas, la première d’un dirigeant de l’Union européenne en Syrie depuis la chute du gouvernement d’Al Assad.
Au cours de cette visite, le président français a souligné l’intérêt de la France à maintenir et à renforcer son soutien au développement de la Syrie par le biais d’un « partenariat durable » et de « la construction d’un pôle régional de corridors énergétiques ».
Macron a souligné que la stabilisation et la reconstruction du pays devaient générer des opportunités d’emploi tant pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays que pour les réfugiés à l’étranger, afin que le pays devienne un espace où « se développent des stratégies à long terme, de nouvelles chaînes logistiques et des voies d’approvisionnement énergétique contribuant à réduire les risques qui affectent actuellement le fonctionnement du Moyen-Orient ».
De manière significative, le président français a évoqué les tensions observées dans le détroit d’Ormuz comme un exemple de la nécessité de diversifier les voies commerciales et énergétiques, ce qui ouvre des opportunités pour les entreprises et les investisseurs français.
Le président syrien, Ahmed al-Sharaa, rencontre le président américain, Donald Trump, et le prince héritier saoudien, Mohamed Bin Salman, en Arabie saoudite – Agence de presse saoudienne via REUTERS
Le potentiel stratégique de la Syrie
C’est précisément dans les propos de Macron que réside la clé de cet intérêt soudain des États-Unis et de la France pour la reconstruction de la Syrie et la promotion de son retour à part entière au sein de la communauté internationale.
En effet, la Syrie revêt une importance stratégique considérable, en raison de sa position au Moyen-Orient pour la mise en place d’une voie commerciale alternative au détroit d’Ormuz, sur laquelle travaillent déjà des pays comme la Turquie et Israël, afin de relier l’Orient et l’Occident en contournant l’Iran.
Bien qu’en principe cette nouvelle route traverse Israël, la Turquie et d’autres pays prévoient de la remplacer par la Syrie, qui deviendrait alors une plaque tournante pour la connectivité entre l’Orient et l’Occident.
Cependant, compte tenu de la situation actuelle du pays, il reste encore un long chemin à parcourir avant que ce projet ne puisse se concrétiser, même si le soutien des États-Unis et de la France pourrait être considéré comme un premier pas dans cette direction.
L’absence de représentants du gouvernement syrien aux funérailles du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a été considérée comme un signe significatif de son éloignement progressif de l’Iran – PHOTO/ Bureau du Guide suprême iranien VIA EUTERS
La question de l’Iran
Pour que ce soutien occidental à la reconstruction et à la réhabilitation de la Syrie se consolide, il reste à clarifier ses relations avec l’Iran. Historiquement, la Syrie était un pays très lié à la République islamique, par l’intermédiaire du régime des Assad.
Cependant, depuis l’arrivée au pouvoir d’Ahmed Al Sharaa, l’Iran est passé du statut d’allié à celui d’obstacle : le nouveau gouvernement syrien n’a aucun intérêt à être associé à l’Iran, et ne tire pas non plus de grands avantages de cette association, dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient.
En effet, la Syrie n’a envoyé aucun représentant aux récentes funérailles du guide suprême iranien, Ali Khamenei, qui se sont tenues en début de semaine.
Il y a quelques semaines, à la suite du désaccord entre Trump et Netanyahou concernant les bombardements dans le sud du Liban, qui menaçaient les négociations de paix, le président américain est allé jusqu’à suggérer que le gouvernement syrien se charge de combattre le Hezbollah.
Trump considère Al Sharaa comme le partenaire idéal pour empêcher que les livraisons d’armes en provenance d’Iran ne tombent entre les mains du Hezbollah, ce qui ferait de lui un acteur important sur la scène sécuritaire du Moyen-Orient.
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