: Reportage “On les retrouve dans la vie de tous les jours” : la France développe la production d’aimants permanents pour s’affranchir des importations chinoises

Alors que l’Union européenne est dépendante à 98% de la Chine, une usine à Grenoble permet de fabriquer des aimants permanents, que l’on retrouve dans les voitures électriques, les casques audio et jusque dans les éoliennes.


Publié le 02/05/2026 15:43

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Un aimant permanent produit dans l'usine de Grenoble, par le CEA et Orano. (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

Un aimant permanent produit dans l’usine de Grenoble, par le CEA et Orano. (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

Face à la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement veut aller vers l’électrification pour sortir des énergies fossiles. Mais nos éoliennes en mer et nos voitures électriques, entre autres, fonctionnent grâce à des aimants permanents, à base de terres rares provenant de Chine. Pour gagner en autonomie, la France se lance donc dans la production de ces aimants : à Grenoble, le CEA, institution publique de recherches, et le géant de l’uranium Orano allient leurs forces pour fabriquer et recycler ces aimants permanents.

Les aimants fabriqués dans cet atelier pèsent lourd au creux de la main et, une fois aimantés, ces petits cubes gris métalliques sont bien difficiles à décrocher. “On a tous des aimants sur notre frigo, mais ce ne sont pas ces aimants-là, ce sont des aimants beaucoup plus puissants”, explique Benoît Richebé, directeur du projet “Aimants et terres rares” pour Orano. C’est la famille d’aimants permanents la plus puissante, à base de terres rares. La terre rare, c’est le néodyme.”

Benoit Richebé, le directeur du projet

Benoit Richebé, le directeur du projet “Aimants et Terres rares” pour Orano (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

“Ces petits aimants, dans un véhicule électrique, vous en avez à peu près deux kilos. Dans une turbine d’éolienne offshore, vous en avez à peu près cinq tonnes, poursuit Benoît Richebé. Aujourd’hui, l’Union européenne est dépendante à 98% de la Chine sur son approvisionnement en aimants permanents. C’est tout l’enjeu de ce que nous faisons ici avec le CEA : réapprendre à faire des aimants permanents sur le sol français.”

Stéphanie Riché, responsable du programme “Économie circulaire des matériaux” à la direction des énergies du CEA, rappelle que le CEA a lancé ses recherches stratégiques il y a une quinzaine d’années, “à l’époque où justement il y avait déjà des tensions sur les terres rares. Il y avait des tensions entre le Japon et la Chine, et le prix des aimants permanents s’était envolé.”

“Avec la transition énergétique, on va s’affranchir, on l’espère, des énergies fossiles. Mais l’idée, c’est de ne pas créer une nouvelle dépendance aux approvisionnements en métaux critiques.”

Stéphanie Riché, de la direction des énergies du CEA

à franceinfo

L’approvisionnement, sur cette ligne pilote, vient en partie d’aimants recyclés, trouvés tout autour de nous. “Ces aimants permanents, on les retrouve dans notre vie de tous les jours : dans les casques audio, les balais d’essuie-glaces, les moteurs de trottinettes électriques, liste Benoît Richebé. Tout cela constitue un gisement dans lequel on peut puiser pour fabriquer des aimants de haute performance avec une part de recyclé. C’est de la haute gastronomie, très comparable à ce que l’on fait dans le nucléaire quand on recycle les combustibles usés.”

Encore faut-il trouver la recette parfaite, tout est décisif comme dans ce grand four. “Vous voyez ici le four de frittage, on monte à peu près à 1 000 degrés et chaque degré d’écart peut avoir une conséquence sur la qualité de l’aimant final”, indique Benoît Richebé. Le directeur du projet pour Orano se dit “très content” de la qualité des aimants en train d’être produits, “mais en revanche on n’a pas encore atteint la très haute performance qui est demandée et c’est tout l’objet du travail qu’on fait pour pouvoir aller chercher les derniers pourcents de haute performance.”

Le processus de fabrication d'un aimant permanent. (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

Le processus de fabrication d’un aimant permanent. (LAURIANE DELANOË / RADIO FRANCE)

En parallèle, les chercheurs du CEA travaillent aussi à fabriquer des aimants permanents sans aucune terre rare. Pour cela, il faudra encore de nombreuses années de recherche.

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